Un premier contact avec des créatures étranges et immortelles aux rochers Hopewell

Des millions de personnes de tous les coins du monde ont exploré les rochers marins à Hopewell Cape. Dans la baie de Fundy, les plus hautes marées du monde créent des paysages exceptionnels et l'érosion fait de ce Lieu fantastique un des endroits les plus uniques de la Réserve de biosphère de Fundy de l'UNESCO. Les formations rocheuses au sommet de la plage attirent bien les regards des visiteurs, alors que peu d'attention est accordée aux créatures étranges qui vivent le long des limites extrêmes des plus basses marées.

Si vous savez où poser votre regard à Hopewell Cape, il se peut que vous trouviez des créatures gélatineuses bien surprenantes.
Crédit photo : Kevin Snair

Récemment, Kevin Snair, superviseur des services d'interprétation du parc des rochers Hopewell Rocks et photographe professionnel, a décidé d’étudier les limites extrêmes de la zone intertidale. Il explique : « Travailler au parc des rochers Hopewell Rocks me donne une grande responsabilité en tant que gardien du savoir. Quand les visiteurs arrivent, mon travail consiste à répondre à leurs questions et cela me pousse à continuer à en apprendre davantage sur cet endroit. »

Kevin Snair au parc des rochers Hopewell Rocks. Crédit photo : Craig Norris

Ce que Kevin a trouvé à côté de l'eau chocolat remplie de sédiments est des formes de vie très étranges qu’on ne trouve habituellement pas si loin à l’intérieur de la baie de Fundy. Depuis plusieurs années, Kevin collectionne des images historiques des rochers marins pour les comparer avec ses photographies afin de suivre l’évolution de l’érosion. « Si j'avais une machine à remonter le temps, je reviendrais ici », dit-il. « Il y a cinq-cents ans, ce lieu serait encore reconnaissable, mais 1 000 ou 1 500 ans auparavant, il s’agirait d’un parc des rochers Hopewell Rocks bien différent. » Kevin reconnaît à quel point ce lieu se métamorphose avec le temps et il est bien conscient du fait que les bosses plus loin sur la plage sont en fait les vestiges de rochers marins ayant depuis longtemps subi l’érosion. Ce sont ces mêmes roches qui servent d’habitat à la vie marine.

Kevin Snair à côté du rocher surnommé « belle-mère ». Crédit photo: Craig Norris

L'une des principales raisons pour lesquelles les organismes qu'il a découverts n’avaient pas été trouvés avant maintenant est qu’ils préfèrent un habitat situé dans la zone intertidale des plus basses marées. Les plus grandes variations au niveau de la hauteur des marées se produisent seulement au printemps lorsque la lune et le soleil sont alignés et combinent leurs forces gravitationnelles. C'est alors que la marée sort assez loin pour dévoiler ces créatures mystérieuses, mais elles ne sont visibles que pendant 15 à 20 minutes. Pour que Kevin puisse explorer la zone intertidale des plus basses marées à Hopewell, il a dû se familiariser avec le cycle des marées. « L'horloge sur mon mur à la maison est en fait une horloge qui indique les marées », remarque-t-il. « La plupart des gens ne comprennent pas que la gravité de la lune est le principal moteur derrière les marées, alors si vous connaissez bien les phases lunaires, vous saurez quand la marée atteindra au printemps une hauteur extrême d’environ 14 mètres (46 pieds) », explique Kevin.

Vues d’en haut, des bosses, vestiges d'anciens rochers marins qui se sont écroulés, sont très évidentes.
Crédit photo : Kevin Snair

Une communauté typique d'algues recouvre les vestiges de rochers marins le long de la plupart de la plage. Bigorneaux, buccins et patelles sont quelques-unes des créatures que Kevin trouve souvent dans l'ascophylle noueuse et le fucus vésiculeux. C'est au-dessous de cette zone où les choses commencent à être vraiment bizarres. « Plus tôt cette saison, j'ai apporté un groupe de gens pour faire une toute première étude visuelle du site et c'est ainsi que nous avons trouvé trois espèces d'anémones de mer », révèle Kevin. « Nous avons repéré des anémones
« tomates de mer », des anémones à points blancs, et des anémones de noël, dit-il avec un sourire. Ces espèces se trouvent ailleurs dans la baie, donc elles ne sont pas uniques, mais la découverte de ces petits joyaux dans la boue de la partie supérieure de la baie est une surprise.

À mi-chemin sur la plage, Kevin Snair étudie les vestiges de rochers marins. Crédit photo : Craig Norris

Les anémones de mer ont un lien de parenté avec les coraux et les méduses. Comme ces derniers, elles se fixent aux roches à l'aide d'un pied adhésif. Elles ont des tentacules venimeux qui peuvent se replier à l’intérieur de leur corps lors de la marée basse et, encore plus surprenant, elles ne semblent pas vieillir. Si elles ne sont pas consommées, empoisonnées et qu’elles ne meurent pas de faim, elles peuvent vivre indéfiniment. Visibles seulement lors de quelques-unes des plus basses marées chaque mois, elles restent habituellement à l’abri et en sécurité ; mais, il y a tout de même un élément qui peut les nuire. Quand Kevin nous a apporté avec lui pour une promenade, nous avons photographié un morceau de sédiment bien intéressant sur une anémone. « Quand nous l’avons examiné de plus près, nous avons réalisé que ce sédiment avait des pattes, en faite, huit ! » s'exclame Kevin. Il s’agissait d’une araignée de mer qui se nourrissait de l'anémone en question. « Quand nous avons commencé à étudier d'autres photos sur un grand écran d'ordinateur, nous avons trouvé de plus en plus d'araignées de mer camouflées dans la boue autour des anémones ; elles étaient probablement ici tout ce temps », dit Kevin.

Kevin Snair photographie des anémones de mer lors d’une marée basse. Crédit photo : Craig Norris

Étant donné que l’eau a une teinte brune comme du chocolat, il est vraiment difficile de dire combien plus loin la plateforme de roche s'étend. « Elle pourrait s’étendre quelques mètres ou quelques centaines de mètres plus loin avant qu'elle ne soit enterrée dans la boue, mais une chose est certaine, il y a probablement plusieurs anémones au-delà des limites de la marée basse », déclare Kevin. Souvent, les anémones de mer abritent des algues dans leur corps pour gagner de l'énergie par la photosynthèse ; en échange, elles protègent ces algues. « Il est difficile d'imaginer que les rayons de lumière peuvent les atteindre à travers cette eau », suggère Kevin. « Mais nous savons que plusieurs espèces de poissons comme la plie, la morue, le gaspareau, l'esturgeon, le bar rayé, le chabot, le chien de mer, la raie et d'autres vivent elles aussi dans ces eaux boueuses. Il y a vraiment un éventail varié de formes de vie marine au parc des rochers Hopewell Rocks. »

Les rayons du soleil le matin atteignent une anémone semi-transparente, quasi-fantôme.
Crédit photo : Kevin Snair

Alors que les anémones de mer peuvent croître pour attendre des dimensions assez grandes dans certains environnements, ce n'est pas le cas ici. « Elles sont vraiment difficiles à trouver; c’est un peu comme repérer des pièces de monnaie éparpillées sur une longue plage boueuse ; et, parfois, elles sont suspendues à l'envers des roches  », avertit Kevin. « Vous devriez explorer avec quelqu'un qui sait ce qu'il faut chercher et descendre au bord de l'eau si vous souhaitez faire l’expérience des marées et voir sa faune extraordinaire. Mais, faites bien attention où vous mettez les pieds ! »

Cette anémone de mer de couleur rouge, surnommée « tomate de mer », a un parasite, soit une araignée des anémones.
Crédit photo : Kevin Snair

Comme il n'y a que deux grandes marées printanières par mois, une lors de la pleine lune et une lors de la nouvelle lune, cela limite l’accès à la partie la plus basse de la plage. Kevin explique : « Pendant chaque pleine et nouvelle lune, il y a plusieurs jours pendant lesquels la marée pourrait être assez basse pour que vous puissiez voir le jardin d'anémones de mer. Lors de la marée basse, il n'y a probablement pas plus que 6 heures au total où les anémones sont visibles. Ainsi, quand vous voyez la pleine lune ou une nouvelle lune en été, sachez que les anémones de mer pourraient être à l’extérieur de l’eau. »

Une anémone à points blancs renfermée, au-dessus de l’eau à marée basse. Crédit photo : Kevin Snair

Malgré le grand nombre de gens qui visitent les rochers Hopewell depuis des siècles, il n'est pas étonnant que les anémones de mer ne fussent pas connues avant la découverte de Kevin. L'histoire orale nous dit que les Mi'kmaq visitaient les rochers Hopewell chaque automne pendant la récolte pour des festins, de la danse, des chants et des cérémonies spirituelles. Peut-être qu'ils avaient une plus grande conscience des formes de vie qui existent dans les limites extrêmes des zones intertidales. Les rochers Hopewell qu’ils auraient visités étaient bien différents, plusieurs centaines et même, plusieurs milliers d'années passés. Les formations rocheuses, comme celle surnommée l' « éléphant » qui s’est récemment effondrée, existent depuis pas très longtemps. S’il existait auparavant, ce rocher n'aurait certainement pas porté le nom du plus grand mammifère africain. Si nous pouvions connaître l’explication Mi'kmaq des formations rocheuses perdues depuis longtemps, nous en apprendrions probablement autant au sujet de leur culture que les noms d'aujourd'hui nous en disent sur notre culture du 21e siècle ; le rocher « E.T. » vient certainement à l'esprit dans cette ère d’exploration spatiale.

Cette anémone de mer est suspendue à l’envers d'une roche, presque mal à l’aise, en attendant que la marée revienne.
Crédit photo : Kevin Snair

Nous avons de nombreuses occasions de découvrir des endroits uniques comme le parc des rochers Hopewell Rocks dans notre région du monde, le long de la baie de Fundy. Le Défi des Lieux fantastiques encourage les gens à visiter tous les 50 Lieux fantastiques de la Réserve de biosphère de Fundy pour souligner le 150e anniversaire du Canada. Quelle meilleure façon de célébrer que de profiter du plein air en visitant des Lieux fantastiques très « canadiens » !

Cet article est le premier de sept dans la série du Défi des Lieux fantastiques.

Financé par le gouvernement du Canada.