Monstre de la boue : randonnée à vélo sur le marais de Tantramar

La plupart des gens jugent la boue que l’on trouve un peu partout dans la partie supérieure de la baie de Fundy moins attrayante que ses zones rocheuses ou sablonneuses. En général, tout ce qui se rapporte à la boue est désapprouvé à partir du moment où l’on apprend à marcher, de sorte que les vasières et les chenaux boueux de la partie supérieure de la baie sont un peu méprisés. Nous voulons changer cette perception ; c’est pourquoi nous avons invité Taylor Crosby, une étudiante de l'Université Mount Allison et quelques-unes de ses amies à explorer la boue au meilleur moment de la journée, et à partager des histoires à ce sujet.

Chenal boueux et vieux quai le long de la rivière LaPlanche Crédit photo : Craig Norris

Nous avons fait du vélo sur les digues d’Aulac en fin d’après-midi lors d’une journée d'automne. Taylor explique : « Pourvu qu’il n’y ait pas trop de vent, les digues offrent une excellente façon de découvrir le vaste marais de Tantramar et elles vous mènent jusqu'au littoral. » Notre destination était le Lieu fantastique sur la digue près de Fort Beauséjour ; depuis cet endroit, nous pouvons apercevoir et admirer l'axe de la baie. Dans les Maritimes, de vastes espaces ouverts comme celui-ci sont le seul moyen d’avoir un aperçu du paysage typique à ciel ouvert des prairies. C'est pourquoi nous sommes venus ici ; nous voulions profiter d’un magnifique coucher de soleil sur le terrain boueux du bassin de Cumberland vide «  à marée basse.

Coucher de soleil sur la rivière Aulac. Crédit photo : Craig Norris

Les derniers rayons de soleil de la journée scintillants à travers les champs et les herbes du marais sont une vue magnifique, mais c’est la boue qui éblouit encore plus Taylor. « Elle est humide, brillante, elle est couverte de motifs causés par le cycle d’inondation et d’assèchement, elle a une topographie intéressante et elle a plusieurs couleurs grâce à la réflexion de la lumière du ciel, mais c'est encore plus que cela », dit-elle. « L'odeur du marais salé, de la boue et de l'argile, c’est tellement cool, c’est vraiment un beau paysage. » Le spectre complet de la lumière qui rayonne sur la boue humide et les herbes rend la scène absolument hypnotique avec sa panoplie de couleurs.

Une digue donnant sur le bassin vide de Cumberland, quelques instants après le coucher du soleil. Crédit photo : Craig Norris
Les poteaux d’un ancien quai sont toujours visibles, alors que le ciel se reflète dans la boue. Crédit photo : Craig Norris

Tout en savourant la scène devant moi, je demande à Taylor si elle a déjà fait du mud sliding, soit jouer et glisser dans la boue. Elle me répond sur un ton défensif : « Ne le critiquez pas si vous ne l’avez jamais essayé ! » Taylor, elle, a adoré son expérience de mud sliding. « Vous pouvez glisser en bas des rives jusqu’à l’eau, il suffit de ne pas rester en un seul endroit trop longtemps et de ne pas vous aventurer dans l'eau trop profonde », avertit-elle. Outre tout le plaisir, Taylor dit que remonter les pentes boueuses est une véritable séance d'entraînement et qu’il est bien difficile de se nettoyer après une telle activité. « Vous espérez qu’il y aura une personne généreuse à proximité qui vous prêtera son tuyau d’arrosage, sinon vous allez vous transformer en un monstre de la boue tout en vous promenant dans les rues pour vous rendre à la maison », a-t-elle averti.

Taylor et Anna ,après avoir fait du « mud sliding ». Crédit photo : Sylvan Hamburger

Alors que je me tiens sur le bord des terres endiguées et que j’écoute l'histoire de mud sliding de Taylor, il me semble à-propos de rappeler qu’il a fallu environ 7 000 années d'élévation du niveau de la mer dans la baie de Fundy pour construire ces vasières et ce marais. Selon les échantillons recueillis dans le marais, cette digue repose sur plusieurs couches de boues, soit 35 mètres au total ; assez pour enterrer complètement un bâtiment de 10 étages. Nous nous sentons comme de minuscules tâches dans ce paysage, ici seulement pour un court lapsus de temps. Plusieurs sentiers de portage importants ont passé à travers le marais de Tantramar et il est intéressant de penser à comment différent ce paysage aurait été pendant que les Mi'kmaq y auraient observé des couchers de soleil semblables depuis leurs camps il y a des centaines ou même des milliers d'années.

Taylor savoure les derniers moments de la journée. Crédit photo : Craig Norris

Une fois la nuit tombée, la pleine lune s'est levée pour éclairer notre chemin. « Faire du vélo sous la pleine lune sur les digues est une belle expérience ; il n'y a pas de pollution lumineuse ici, l'air est frais, et les reflets se transforment en ombres », décrit Taylor. « De plus, le fond marin a l’air bien étrange sous les reflets de la lune. »

Le bord du marais de Tanramar à marée basse sous la pleine lune. Crédit photo : Craig Norris

La baie de Fundy offre plusieurs occasions inédites de découvrir des paysages étranges et exaltants. Le Défi des Lieux fantastiques encourage les gens à visiter les 50 Lieux fantastiques de la Réserve de biosphère de Fundy pour souligner le 150e anniversaire du Canada.

Cet article est le cinquième de sept dans la série du Défi des Lieux fantastiques.

Financé par le gouvernement du Canada